Jean Gibaja

Photographe

Circuit de la mémoire

Zéro, c’est le nombre d’habitants des villages les moins peuplés de France.

Dans la forêt domaniale de Verdun les six communes, dont Fleury et Douaumont, font partie des villages dits «détruits, morts pour la France». Bien qu’ils ne soient plus habités, ils conservent leur personnalité juridique et ont chacun leur maire.

J’ai parcouru ce circuit entre ces lieux de multiples fois, dans un certain ordre puis dans un autre, multipliant les aller-retour.

Pour les découvrir, il faut sortir des grands axes de circulation, prendre la route qui s’enfonce dans une forêt énigmatique, presque inquiétante, son atmosphère me pousse à souvent m’arrêter et la photographier.

Je reprends la route, au croisement plus loin se dévoile une chapelle immaculée qui se tient fièrement au milieu de la végétation dense.

Ici, il n’y a pas de ruines, la seule manifestation physique de l’histoire de ces bois sont ces bâtiments religieux. On peut autant les considérer pour leur ancienne place centrale dans l’agencement des villages et leur fonction propre au recueillement.

J’ai photographié ces monuments avec un film spécifique, imitant l’aspect du Kodak Aerochrome, une émulsion infrarouge couleur développée à des fins de reconnaissance militaire. Celle-ci change la couleur de tous les éléments contenant de la chlorophylle mettant en évidence les installations humaines, militaires comme civiles.

Parsemées un peu partout, l’on trouve ces stèles sur lesquelles il écrit le nom d’anciens habitants ou la fonction du bâtiment qui a existé jadis. Malgré l’absence d’autres éléments matériels de l’époque des combats et quand bien même que la nature ait repris ses droits, la topographie spécifique de la région est la trace indélébile du lourd passé de cette terre.

Je souhaite à cette série de participer à continuer d’imprégner les consciences des leçons tirées de ces évènements tragiques. À l’image de ces villages où il n’y pas de vestiges meurtris évidents, la menace est aujourd’hui plus latente et se manifeste sous des formes plus perverses, c’est une piqure de rappel s’imposant de plus en plus nécessaire.